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Le système d'écriture - partie 2

Avec les infâmes kanji...

09/02/2007

Comme indiqué dans mon premier billet sur le système d'écriture, les hiragana et katakana comportent déjà tous les sons utilisés en japonais, donc théoriquement ça devrait suffire pour écrire...mais s'il n'y avait que ça, ce serait trop simple et pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, je vous le demande...Ce qui fait la complexité, mais également la beauté du japonais écrit, ce sont les infâmes mais passionnants kanjis qui constituent la difficulté de l'apprentissage du japonais écrit. Au nombre de plusieurs milliers, 2000 environ sont nécessaires pour pouvoir lire le journal couramment.

Introduits au Japon il y a plus de 1500 ans, les kanji sont, à l'origine, des caractères chinois. A cette époque, les Japonais n'avaient pas de système d'écriture et les ont donc importés et appliqués à leur langue. Contrairement aux hiragana qui ne sont que des sons, chaque kanji véhicule un sens. Quelques exemples :

  • 愛 : amour
  • 夢 : rêve
  • 家 : maison
  • 宝 : trésor
  • 髪 : cheveux

Vous voyez tout de suite que graphiquement, ils sont globalement plus complexes que les hiragana et katakana, en fait il y a de tout, de 1 à plus de 20 traits ! Mais il y en a au moins un que tout le monde peut retenir facilement puisqu'il s'agit d'un simple trait horizontal (一) qui, chose incroyablement surprenante, représente le chiffre un. Encore plus surprenant mesdames et messieurs, 二 représente le chiffre deux et 三 le chiffre trois. Calmez-vous, à partir de quatre ce n'est plus aussi simple !...

La plupart des kanji représentent déjà individuellement des mots, mais il peuvent aussi être combinés à d'autres kanji pour former de nouveaux mots. Par exemple :

  • 今日 : aujourd'hui (composé de 今, "maintenant", et 日, "jour")
  • 恋人 : petit(e) ami(e) (composé de 恋, "affection", et 人, "personne")
  • pour les fans de sudoku, sachez que ça s'écrit 数独 et que ça signifie littéralement "nombre (数) célibataire (独)"

Ca a du sens, non ? J'ai pris des exemples simples mais en pratique, on trouve de tout. Toutefois, en règle générale, il y a une certaine logique et l'apprentissage des mots ressemble parfois à chercher des rébus...c'est certes complexe mais passionnant et paradoxalement, cette complexité peut aider à comprendre le sens d'un mot qu'on voit pour la première fois si on connaît individuellement les caractères qui le composent.

Pour ce qui est d'apprendre les kanjis individuels, là encore c'est tout un programme mais il sont eux-mêmes composés de sous-éléments qu'on retrouve régulièrement, par exemple :

  • la partie haute de 宝, 家, 守 et 宣 est la même et apparaît dans de nombreux kanji
  • 車 se retrouve par exemple dans 輸, 軽 et 軍
  • le haut de 義 apparaît dans 着 et 差, et le caractère complet apparaît dans 犠, 儀 et 議...

Etc...au lieu de mémoriser chaque trait, l'idée est donc de mémoriser ces sous-éléments, de savoir lesquels sont utilisés dans quels kanjis, dans quelles positions et quelles altérations graphiques ils peuvent subir. Facile à dire et personnellement, je bosse sur une méthode mnémotechnique extrêmement bien pensée qui d'une part facilite l'apprentissage des kanji et d'autre part, le rend beaucoup plus ludique que la méthode "j'écris 300 fois le caractère pour le retenir"...même si ça ne le rend pas facile pour autant.

C'est complexe, non ? Apprendre les kanji individuels, apprendre ensuite comment ils composent des mots...mais ce n'est pas fini ! Car évidemment, on ne transpose pas facilement un système d'écriture aussi complexe sur une langue existante et en pratique, comme plusieurs mots aux prononciations différentes peuvent partager une notion commune, ils peuvent se retrouver avec un kanji commun et par conséquent, chaque kanji peut avoir plusieurs prononciations (souvent deux).

C'est peut-être un peu obscur, alors voici un exemple : il n'est pas insensé que les mots "toucher" et "shiatsu" (technique de toucher à but thérapeutique) contiennent le caractère pour "doigt". Mais comme ces mots ont des prononciations différentes, le seul moyen d'injecter le même caractère était de l'autoriser à avoir plusieurs prononciations. Concrètement :

  • "doigt" s'écrit 指 et se prononce "yubi"
  • dans le verbe 指す (toucher), il se prononce "sa"
  • dans le mot 指圧 (shiatsu), il se prononce "shi".

Et oui, mémoriser les prononciations est un autre sacré challenge !...

Ce qui est marrant avec les kanji, c'est qu'il arrive qu'on comprenne un mot qu'on n'a jamais vu car on connaît le sens des kanji qui le composent, sans être capable de le lire car on ne connaît pas leur prononciation spécifique dans ce contexte...

Au final, comment hiragana et kanji cohabitent-ils en pratique ? Eh bien les hiragana ne sont utilisés que pour les conjonctions, prépositions, terminaisons des verbes pour indiquer le temps et le mode,...Les noms communs, racines des verbes, etc, quasiment tout ce qui véhicule un sens est écrit en kanji.

Par exemple, la phrase "わたしはぎんこうへいきます", écrite en hiragana, signifie "je vais à la banque". Remplaçons par les kanji adéquats :

  • わたし (moi) : 私
  • ぎんこう (banque) : 銀行
  • いきます (aller) : 行きます

Avec des kanji, ça s'écrit donc "私は銀行へ行きます".

La prononciation est strictement identique, mais grâce aux kanji, la sémantique est visible dans la phrase écrite. Dans notre exemple, il ne reste que quelques hiragana :

  • は : particule servant à indiquer que le mot qui précède est le thème de la phrase
  • へ : particule servant à indiquer que le mot qui précède est la destination
  • きます : terminaison du verbe, forme présente et polie

Bien sûr, pour un non-japonisant, mon exemple a juste consisté à remplacer un bordel incompréhensible par un autre bordel tout aussi incompréhensible, mais je vous assure qu'un japonisant voit tout de suite la différence. Avec les kanji, le sens et le découpage des mots apparaissent beaucoup plus clairement. Il n'est pas faux d'écrire uniquement en hiragana mais le texte n'aura aucune richesse sémantique et sera difficile à lire car d'une part, on ne met pas d'espace en japonais et d'autre part, le faible nombre de syllabes fait que les mêmes sons et caractères reviennent très fréquemment et qu'il en devient difficile de distinguer où s'arrêtent les mots. A l'inverse, les kanji permettent de repérer très rapidement le découpage des phrases. Et de toute façon il n'y a pas le choix, sans kanji on ne peut pas lire grand-chose au Japon : pas de bras, pas de chocolat...

Mais comment fait-on quand on ne sait pas lire un mot en kanji ? Si on a du bol, sa prononciation en hiragana est écrite au-dessus ou en-dessous. C'est souvent le cas pour les nouveaux mots dans les manuels scolaires, ou bien dans les livres pour enfants, au karaoke ou même dans le journal ou les magazines pour des mots particulièrement compliqués. Sinon, on utilise ce qu'on appelle un denshi-jisho (dictionnaire électronique). Plus on progresse, moins on se sert du denshi-jisho et le but ultime est de pouvoir lire le journal tout seul comme un grand...j'en suis encore bien loin !

Pour finir, j'ai trouvé ce lien sympa, à prendre évidemment au 2000ème degré...

Plus sérieusement, il y a celui-là qui n'est pas mal non plus.

Catégorie : Langue japonaise

2 commentaire(s)

Commentaires

Par mamie le 10/02/2007 à 16:29:08

c'est trop difficile pour moi,j'en perds mon latin, quant à toi, bravo et bon courage,
tu vas devenir un expert je te tire mon chapeau
grosses bises de ta mamie.

Par Musahi le 13/02/2007 à 21:31:06

Hello, on progresse on progresse, une question :ça peut t'arriver de lire le journal à l'envers sans t'en apercevoir ...
Moi je me mets au Russe, paraît que c'est coton aussi.
Dozo !!

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