Pachinko
07/02/2011
Voici un sujet que je comptais traiter il y a plus de trois ans, d'ailleurs la majorité des photos ci-dessous date d'août 2007. Remarquez, je n'ai pas beaucoup changé depuis, à part un certain nombre de cheveux blancs en plus.
Si on effectuait un sondage pour dresser un classement des loisirs et sports les plus inutiles (vous savez, ces activités dont on se demande quelles substances leurs concepteurs avaient bien pu ingérer pour les inventer), on obtiendrait certainement des réponses variées, bien que le curling risque d'être fréquemment nominé. Quoi qu'il en soit, je vous présente aujourd'hui un candidat qui, selon moi, possède des arguments pour figurer sur le podium, vous jugerez par vous-mêmes. Mesdames et messieurs, voici...le pachinko !!!
Commençons par un rapide descriptif. En quelques mots, le pachinko est une sorte d'hybride entre une machine à sous et un flipper positionné verticalement...mais une photo vaut mieux qu'un long discours :

Ces machines se trouvent dans des salles dédiées, certaines occupant carrément plusieurs étages :

Pour jouer, c'est facile ! D'abord, achetez des billes :

Notez qu'il vous en faudra beaucoup plus que ce que j'ai en main...Ensuite, choisissez une des machines et installez-vous confortablement car, si vous faites partie des accros, vous allez probablement rester assis là pendant plusieurs heures :




Passons maintenant au principe : il s'agit tout bonnement d'insérer les billes dans la machine. Celles-ci sont alors automatiquement propulsées une par une dans l'aire de jeu et, en chutant, empruntent des chemins aléatoires. Lorsqu'une bille achève sa course dans le trou central, vous gagnez de nouvelles billes qui viennent s'ajouter à votre stock et, plus important, vous gagnez également un tirage sur une machine à sous virtuelle qui s'affiche à l'écran. Trois symboles identiques et vous passez en "win time", un mode spécial pendant lequel vous êtes assuré de gagner un bon paquet de billes.
L'interaction entre le joueur et la machine est pour le moins limitée...Une main sert à tourner cette molette, qui contrôle la vitesse d'éjection des billes :


L'autre main sert quant à elle à rajouter des billes lorsque le stock commence à s'épuiser ainsi, et c'est probablement le plus important, qu'à fumer sa cigarette. En effet, une des caractéristiques des salles de pachinko est l'omniprésente odeur de tabac qui y règne, plus ou moins infâme selon les établissements, et ce malgré la climatisation tournant à plein régime.
Et si de nombreuses séances enfumées ne vous permettent pas de vous offrir le cancer des poumons de vos rêves, peut-être bénéficierez-vous malgré tout du lot de consolation : une jolie surdité sur mesure grâce à l'épouvantable ambiance sonore. Le pachinko peut donc, sans le moindre doute, être classé dans la catégorie des sports extrêmes (et au passage, n'hésitez pas à me remercier d'avoir couru ces risques pour rédiger cet article). Le taux horaire des petits boulots y est d'ailleurs plus élevé qu'ailleurs.
Mais revenons au jeu : une fois les billes éjectées, il n'y a plus qu'à les regarder tomber en espérant qu'elles achèvent leur course dans l'orifice convoité, puis espérer ensuite gagner au tirage...et ainsi de suite...Passionnant, non ? A priori, force est donc de constater que le cerveau n'occupe pas de fonction particulière dans la pratique du pachinko.
La partie, si on peut employer ce terme, peut s'achever de deux manières. Le premier cas de figure, c'est quand vous avez perdu toutes vos billes et que vous ne souhaitez plus, ou ne pouvez plus, en racheter...Comme pour les casinos, certains mordus sont capables de rogner sur d'autres budgets comme la nourriture (il est notoire que s'alimenter est un besoin secondaire), voire carrément s'endetter, pour pouvoir s'adonner à leur passion...
L'autre cas de figure, plus intéressant eu égard aux risques susmentionnés, c'est quand vous décidez d'arrêter avec un "solde créditeur", c'est-à-dire avec plus de billes qu'au départ. Celles-ci peuvent être alors échangées contre des lots de type paquets de cigarettes, etc.
Je vous vois venir...c'est donc pour de misérables lots que ces pauvres hères vont volontairement subir cette torture sonore et olfactive ?...
Que nenni ! Le but ultime de tout joueur est bel et bien de transformer son solde en espèces sonnantes et trébuchantes. Si la loi interdit de percevoir directement le revenu sous cette forme, elle est cependant très facilement contournable. Les billes sont d'abord échangées contre des bons à l'intérieur du parloir, bons qui sont ensuite échangés à leur tour contre des espèces à des guichets situés à l'extérieur. Ces deux opérations sont légales et cette manière de procéder mène au même résultat.
Ceci dit, au vu de l'aspect des fameux guichets, on comprend qu'on est quand même à la limite de la légalité...regardez, à droite du distributeur Kirin...une minuscule ouverture au fond d'un corridor !...



Plus surprenant, et très certainement contre-intuitif, sachez qu'il existe des joueurs qu'on pourrait qualifier de professionnels puisqu'ils vivent, et très bien pour certains, intégralement de leurs gains. Ce qui prouve que le pachinko ne relève pas uniquement du hasard, et remet donc en question la théorie mentionnée plus haut sur la non-utilisation du cerveau.
Il semble qu'il y ait principalement deux facteurs permettant d'améliorer sa stratégie de jeu. Le premier consiste à agir sur la vitesse d'éjection des billes via la molette : la position optimale de la molette offrira statistiquement plus de billes terminant leur course dans le trou central...
Mais c'est là un paramètre mineur et la vraie clé de la stratégie réside dans le choix de la machine ! Dans un jeu mécanique comme le loto, chaque tirage offre exactement les mêmes probabilités de gain. Mais au pachinko, la machine à sous est virtuelle et donc gérée par un algorithme informatique, qui peut faire varier ces probabilités. Selon quels critères ? J'ignore les conditions exactes, j'aurais cependant tendance à penser que les chances augmentent avec le temps écoulé depuis le dernier gros gain. De plus, comme pour les jeux à gratter, les machines neuves sont programmées pour gagner plus. C'est logique, il faut bien appâter les clients.
Conclusion : connaître et exploiter les statistiques afin de choisir une machine qui va bientôt gagner est la clé du succès. Or ça tombe bien, ces statistiques sont justement affichées, regardez au-dessus de la zone de jeu :

Je ne connais pas les détails, mais ces nombres fournissent apparemment des informations précieuses pour tout joueur sérieux. Quiconque possède quelques bases de théorie des jeux comprendra que pour gagner, il faut, outre une bonne stratégie, jouer beaucoup. C'est pourquoi certains font ce qu'on pourrait appeler des journées de travail, attendant carrément l'ouverture de leur salle de pachinko :
Sidérant également, on voit parfois des "spectateurs" :

Par ailleurs, il existe de nombreux magazines spécialisés, dont je me suis toujours demandé ce qu'ils pouvaient bien contenir pour remplir 150 pages.
Il semble que le pachinko soit originaire de Nagoya, bien que je n'aie pas d'informations précises à ce sujet. Il existe même un musée dédié à Tokyo, mais je n'imagine pas y mettre un jour les pieds a priori.
Tous les Japonais jouent-ils ? Bien sûr que non, loin de là même, et le pachinko véhicule d'ailleurs une image négative d'addiction au jeu.
Catégorie : Loisirs
4 commentaire(s)





